Matthieu Livrieri
Les Eaux de Mars
11.09.26 - 24.10.26
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Les Eaux de Mars
Elle est promesse de vie, le commencement d'un cycle, une ronde infinie. De ces paysages elle revient sans cesse : un nouveau lever de soleil, le vent et le soleil chaud sur la peau, le bruit des feuilles. Pour cette nouvelle exposition, Matthieu Livrieri fait voyager le regard entre différentes spatialités, à la façon d'un zoom qui viendrait prendre du recul : resserrer sur un détail, puis reculer jusqu'au paysage, sans jamais que l'un ne prime sur l'autre. Cette proposition s'intéresse aux lieux que nous habitons, laissés dans une plénitude et un calme où animaux, plantes, enfants, personnes endormies cohabitent la composition sans qu'aucun ne domine. Chaque tableau agit comme une couche visible d'un souvenir, un fragment de mémoire cristallisée sur la toile.
La non-hiérarchisation est le principe organisateur de ce travail. Le vivant y est traité avec un même soin, quelle que soit sa forme : plantes, fleurs, statuettes d'animaux, chats, paysages urbains. Ces éléments ne sont jamais accessoires : ils affirment une présence, un droit de cité dans l'image, et posent une question simple : quelle place pour le vivant qui ne parle pas ? Un chat endormi n'est pas un détail de composition, c'est un habitant au même titre qu'une figure humaine. Rien n'y est spectaculaire tout y est en retrait, requérant du spectateur qu'il ralentisse pour être vu. Prendre le temps devient ici moins une intention qu'une condition de lecture.
Les lieux et espaces présents dans les tableaux pourraient n'être qu'un seul et même endroit, prolongé, déformé, rejoué : une variation continue plutôt qu'une succession de scènes distinctes. Cette ambiguïté spatiale n'est pas un flottement : elle témoigne d'une perception singulière, propre à chacun, où l'espace vécu prime sur l'espace cartographié.
La musicalité irrigue enfin l'ensemble. Les tableaux fonctionnent entre silence et son, entre vide et plein, c'est dans ce jeu de contrastes que les formes
évoluent, se chargent, saturent, puis se relâchent. Les Eaux de Mars est une chanson écrite en 1972 par Antonio Carlos Jobim, popularisée en France par l'adaptation de Georges Moustaki en 1973 : une énumération sans hiérarchie, où chaque fragment, une pierre, un bâton, un poisson, pèse autant que le suivant, sans qu'aucun point culminant ne vienne clore la liste. C'est dans cette structure, refusant toute clé de voûte, que Matthieu Livrieri a trouvé le titre de cette exposition.













